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Les aventures de Ragabouche, d’Arthur Pellegrin
Un Oliver Twist version tunisienne

La presse | Publié le 02.10.2009

Roman dont le théâtre est le Tunis des années 30, traduit par Mohamed Larbi Snoussi Lire Les aventures de Ragabouche, d’Arthur Pellegrin, est un vrai régal. Les traduire du français à l’arabe en est un autre.
Mohamed Larbi Snoussi a, quant à lui, succombé aux deux à la fois. Le fruit, un roman qui vient de paraître, dans lequel ce fin connaisseur de la Tunisie du début du XXe siècle qu’est l’historien reprend sans fard l’histoire passionnante de cet enfant de la balle surnommé «Ragabouche». Un orphelin ayant grandi dans les quartiers populaires du Tunis des années trente, dont le père, de son vivant, était colporteur d’eau et qui a été recueilli pendant deux ou trois ans par un oncle joueur de flûte dans les places publiques.
Dans une traduction fidèle, M. L. Snoussi qui n’est pas à son premier «délit» n’a donc pas trahi le texte original publié en 1932, œuvre de ce Français natif de Hammam-Lif en 1891, écrivain-journaliste de son état qui a réussi à peindre avec une virtuosité fascinante les soubresauts de l’orphelin, vague mélange d’un Olivier Twist de Charles Dichens et d’un Remy d’Hector Malot.
«Gavroche de Victor Hugo» dira quant à lui, le grand maître Mongi Chemli, professeur émérite à l’Université de Tunis qui a préfacé la traduction:
«J’ai lu un texte arabe qui émeut l’âme, le cœur et la raison réunis», peut-on lire de la plume du Pr Chemli à propos de la traduction qui a su préserver le rythme de l’œuvre dont le style incisif est imagé et très proche de celui d’Agatha Christie ou de celui de Georges Simenon. Et le préfacier d’ajouter un peu plus loin « (…) sans cette perfection, la traduction serait un jeu vain» en ne tarissant pas d’éloges sur le travail de M.L. Snoussi.

Dans les faubourgs de Tunis

Au fil de près de 180 pages, nous pouvons ainsi suivre Ragabouche dans ses aventures depuis sa tendre enfance et jusqu’à l’âge adulte dans un Tunis cosmopolite traversé par la crise des années trente (sécheresse et maladies de la pauvreté). Une histoire qui traverse les faubourgs de Bab Jedid et de Bab Souika jusqu’à Halfaouine et dont certains actes se déroulent parfois près de certaines maisons closes ou dans des tavernes mal fréquentées.
«Ragabouche», mot que les garçons utilisent pour exprimer leur admiration au passage d’un belle fille (*) est donc le sobriquet de cet enfant resté honnête, généreux, courageux et au cœur tendre malgré toutes les injustices qu’il a subies. Un garçon qui a, très tôt, perdu ses parents, n’est jamais allé à l’école, n’est jamais sorti de la misère ou presque, mais qui a toujours gagné sa vie à la sueur de son front, en vendant des journaux, des sorbets glacés, des fruits secs…, en travaillant comme apprenti dans une boulangerie, en montant une petite affaire avec son ami juif (ce dernier lui confisquera ses droits), en travaillant comme contremaître dans une orangeraie à La Manouba… Parfois au péril de sa santé et même de sa vie.
Des aventures amoureuses ? Bien sûr que Ragabouche en a eues. Deux histoires tendres, mais qui n’ont pas duré. La première avec la fille de son patron boulanger. Ce dernier le chassera avec violence en apprenant le pot aux roses. La seconde, avec la fille de l’un des ouvriers de l’orangeraie, suite à laquelle il a failli perdre la vie. Il avait en effet été canardé par l’homme de confiance du colon français, propriétaire du verger, un malfaiteur (il le saura plus tard) d’origine slave venu en réfugié en Tunisie qui gardait rancune contre Ragabouche depuis le jour où ce dernier l’a empêché d’embrasser par la force la fille en question. Quelques semaines plus tôt, notre héros avait découvert aussi que le Slave était à la tête d’un réseau qui volait les fruits de son patron pour les vendre à Tunis. Si les voleurs ont été arrêtés, leur chef, le Slave a, quant à lui, été relâché faute de preuves.
Hélas, les problèmes que causeront le Slave à Ragabouche ne se termineront pas là. D’autres surgiront. Surtout celui d’être injustement accusé d’avoir agressé sauvagement ce dernier, son arrestation par la police, sa fuite, et le fait de devenir un recherché. Mais en continuant à vivre comme un fugitif, Ragabouche deviendra célèbre dans Tout-Tunis. D’où la naissance d’un mythe autour de lui.
Ragabouche rencontrera sa bien- aimée, la fille du boulanger, mais dans des conditions plutôt baroques, par rapport à la tendance réaliste de l’œuvre, idem pour la scène de la course-poursuite motorisée à la Hollywood avec coups de feu de la police qui paraît comme un cheveu sur la soupe dans l’histoire. Toutefois, ces détails ne diminuent en rien l’intérêt de l’œuvre et ni même son charme.

Pellegrin : Hammam-Lifois, féru d’histoire de la Tunisie, mais… colonialiste

Malgré certaines petites erreurs dues parfois à une traduction au mot à mot, le texte a su garder le souffle de l’œuvre. Un récit d’action truffé de petites réflexions, de proverbes, de paroles de chansons populaires…
Petites défaillances dues certainement au fait que le traducteur avait commencé par le publier en feuilleton dans l’un des quotidiens de la place.
Tout d’ailleurs comme il l’a fait pour le récit de voyage de Henry Durant (La Régence de Tunis) ou les Mémoires de Kheireddine Ettounisi.
Il a également traduit le récit de voyage à Tunis en 1724 d’André Peysonnel.
Dans son avertissement, le traducteur explique son choix et nous livre une biographie succinte de l’auteur. Le traducteur pense ainsi que la littérature produite par les étrangers ayant vécu en Tunisie n’a malheureusement pas bénéficié de l’intérêt qu’elle mérite. «Ces Français nés en Tunisie, même s’ils sont d’origine française, sont avant tout des Tunisiens et on peut les considérer comme étant des nôtres, du moment qu’ils ont décrit les traits de la vie tunisienne à l’époque du Protectorat même s’ils l’avaient fait d’une façon différente», explique M.L. Snoussi.
Le traducteur nous apprend aussi que l’auteur est né le 19 janvier 1891 à Hammam-Lif (même ville où est né le traducteur) et qu’à cause de problèmes de santé, il n’a pu terminer ses études secondaires (au lycée Alaoui à Tunis). La mort précoce de son père l’obligera à travailler, alors qu’il était encore jeune et même handicapé.
Il réussira à devenir salarié des chemins de fer après avoir échoué à devenir journaliste. Mais grâce à son obstination, il deviendra chroniqueur et écrivain et même membre du Grand conseil (instance politique consultative), et ce, de 1922 à 1943. Ce qui l’aidera à imposer «le Prix littéraire de Carthage».
Féru d’histoire tunisienne A. Pellegrin a écrit de nombreux ouvrages sur la question, ainsi qu’une multitude d’articles. Il recevra le grand prix de l’Académie française en 1950 pour son ouvrage sur Le Carthage latin et chrétien. Ce qui renforce ses positions colonialistes affichées.
Après les accords de 1955 conférant l’autonomie interne à la Tunisie, l’auteur quitte son pays natal pour son pays d’origine, la France, pour y mourir (à Aix-Les-Bains) le 24 juillet 1956.

Foued ALLANI

Arthur Pellegrin, né en 1891 et décédé en 1956, était un historien et écrivain français.
Il fut l'animateur de la Société des écrivains de l'Afrique du Nord et a joué à ce titre un rôle important dans la vie culturelle de la Tunisie sous le protectorat français.

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